En considérant uniquement la
structure des constituants du vivant et de la matière, j'ai remarqué
que certains sont formés d’un petit nombre d'éléments différents et que
d’autres le sont d’un grand nombre de semblables. Par exemple, un
animal est constitué d’un nombre relativement petit d’organes
différents, alors qu’un de ses organes, un muscle ou un foie, regroupe
un grand nombre de cellules presque identiques. Ensuite, étendant cette
première constatation, j'ai pu répartir tous les constituants du vivant
selon ces deux définitions :
- les individus constitués d'un petit nombre d’assemblées différentes et,
- les assemblées qui
rassemblent d’un grand nombre d’individus semblables.
Ces définitions reflètent une structure où
ces deux catégories sont mutuellement exclusives ; il en découle une
continuité par alternance. C’est bien ce qui apparaît dans le tableau
1.1 qui contient, de l'atome d'hydrogène à la Biosphère, tous les
constituants du monde vivant.

Tableau 1.1 - Classification
des êtres constituant l’édifice biologique
Reprenons ces
deux catégories :
1.1.1 - Les
individus.
Sur le tableau
1.1, suivons la colonne de gauche de haut en bas :
-
L’atome d’hydrogène
est constitué d’un électron et d’un proton ; il répond bien à la
définition, un petit nombre de constituants différents. C’est le
premier individu de cette classification, nous pouvons lui ajouter le
deutérium formé d’un proton, d’un neutron et d’un électron.
-
Au niveau
immédiatement supérieur vient la molécule, plus précisément la
petite molécule biochimique monomère, un ose comme le glucose, un acide
aminé et quelques autres utilisées par la matière vivante. Ces petites
molécules sont constituées d’un petit nombre d’atomes différents ; le
glucose par exemple est formé de 6 atomes de carbone, 12 d’hydrogène et
6 d’oxygène ; en plus de ces 3 constituants les acides aminés
contiennent 1 ou 2 atomes d’azote.
-
L’unité
de fonction enzymatique est constituée d’un petit nombre de
macromolécules qui participent à une action enzymatique. Il en existe
des petites formées de une ou de deux chaînes protéiques et faisant
appel pour fonctionner à des coenzymes et à des ions métalliques, et de
plus grosses comme le ribosome qui rassemble deux sous-unités
constituées de RNA et de protéines.
-
La cellule
contient un petit nombre d’organites différents - noyau, mitochondries,
appareil de Golgi, réticulum endoplasmique etc.- ; bien que ce nombre
commence à devenir important et les fonctions parfois difficiles à
séparer, l'ensemble reste accessible à une analyse exhaustive.
-
L’organisme
animal ou végétal. Sans détailler le nombre d'organes (nos
assemblées) d'un animal, nous voyons qu’il reste relativement limité.
-
La Biosphère.
Il s’agit de l’ensemble de la matière vivante qui entoure la Terre.
Nous pouvons dénombrer quelques grandes fonctions comme celle de la
photosynthèse réalisée par les végétaux, celle des herbivores qui
consomment ces végétaux, celle des carnivores qui se nourrissent
d’autres animaux, et celle des hommes, de la société humaine, dont le
rôle semble être d’organiser cette biosphère.
1.1.2
- Les assemblées.
Les
assemblées, à l’opposé des individus, nous apparaissent formés d’un
grand nombre d’individus semblables. Elles sont rassemblées dans la
colonne de droite du tableau 1.1.
-
Les atomes. Globalement, ils sont
constitués par additions successives de deutériums (1 proton + 1
neutron + 1 électron). Vers les atomes les plus lourds le nombre de
neutrons devient cependant proportionnellement plus important, sans
doute pour contrebalancer les forces de répulsion dues aux charges
positives des protons. La structure tend vers le grand nombre de
constituants semblables. Le plus gros atome stable, l'Uranium 238,
rassemble 92 électrons, autant de protons et 146 neutrons.
-
Les macromolécules. Ce sont des
polymères. Les principaux représentants sont les molécules d’ADN
formées d’une succession de bases nucléiques, les protéines constituées
d’une suite d’acides aminés et le glycogène issue de la répétition de
molécules de glucose. Les constituants ne sont pas forcément identiques
mais semblables et mémorisent l’information dans leurs différences,
leur nombre peut devenir très important.
-
Les organites cellulaires. La
membrane de la mitochondrie est tapissée de nombreuses unités à
fonctions enzymatiques, celle de réticulum de nombreux ribosomes.
-
Les organes animaux. Un tissu,
un foie, un muscle sont formés de cellules semblables, parfois de types
différents, mais de fonctions complémentaires.
-
Les sociétés animales ou végétales
constituées d’un grand nombre d’animaux ou de végétaux semblables ;
cela va de la forêt (organe de la photosynthèse) aux troupeaux
d’herbivores, à la société humaine.
Ces deux
catégories, individus et assemblées, s'opposent par beaucoup d'aspects.
Les individus ont des composants différents qui peuvent s'opposer et se
réguler mutuellement. De ce fait ils réagissent aux stimulations de
leur milieu, ils sont actifs et indivisibles, d’où leur nom. Par contre
les assemblées aux composants semblables ne peuvent exercer qu'un
nombre réduit de fonctions. Elles sont plutôt passives, soumises à
l’individu de niveau supérieur auquel elles appartiennent et, dans une
certaine mesure, divisibles : si on coupe une assemblée elle pourra
bien souvent continuer à fonctionner - on peut vivre avec un demi
foie-, alors qu’un individu subissant le même traitement sera
immanquablement détruit. De plus, les individus traitent l’information
alors que les assemblées la conservent et la restituent. Pour ces
raisons les individus nous paraissent les plus intéressants.
Pour
éclairer correctement la classification, l’analyse doit rester globale
et s'attacher aux grandes lignes à chaque niveau. Il est toujours
possible de trouver des cas intermédiaires, sinon des exceptions.
Considérons que nous effectuons une première approche analytique du
monde vivant dont le caractère très polymorphe s’est toujours montré
réfractaire à ce genre de démarche. Et réussir à mettre en évidence,
même grossièrement, cette alternance d’individus et d’assemblées dans
toute la complexité du vivant est déjà quelque chose d’important. Dans
un premier temps, il faut considérer ces deux états - individus
formés d'un petit nombre d'assemblées différentes et assemblées
formés d'un grand nombre d'individus semblables - comme étant, à deux
pôles opposés, deux modèles idéaux et complémentaires vers lesquels
tend l'organisation des êtres vivants. Nous le comprendrons mieux
lorsque nous aurons étudié l'ontostat (Lépinard 1993).
1.1.3 - Les niveaux.
Et ainsi,
puisque la définition des individus et des assemblées implique une
alternance, son retour définit des niveaux. Sur le tableau 1.1, nous en
comptons 6, le premier ayant rang 0. Ce sont véritablement des niveaux
d’organisation fondés sur la structure. Mais ce sont aussi des niveaux
de complexité puisqu'ils sont construits sur le nombre de constituants,
et que si un individu arrive à faire fonctionner ensemble un plus grand
nombre d'individus de niveau inférieur, il doit être plus complexe. Il
est à remarquer que ces niveaux relient toute la matière, de l'inerte
au vivant. Voilà qui surprend, mais nous ne pouvons pour l'instant que
l’observer et le constater en attendant d’en avoir l’explication.
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