Le monde des Automates
Photos : Stéphane Devé
I. Les Automates de vitrine : La Féerie publicitaire
A la fin du siècle dernier, la création des grands magasins renforça la compétition entre les commerçants. Ces derniers utilisèrent la publicité qui connut donc en quelques années un essor considérable. Les passants virent alors fleurir les affiches colorées, les réclames dans les journaux et sur les colonnes Morris.
L'automate s'adapta volontiers aux besoins nouveaux de la publicité : placé dans une vitrine, il séduisait le client et l'incitait à pénétrer dans le magasin.
Puis la fée électricité transforma définitivement le monde des automates. En effet, Paris fut progressivement électrifié au début de ce siècle. Doté d'un petit moteur, l'automate put fonctionner en continu sans être remonté. C'est alors que les grands magasins eurent l'idée des grandes scènes animées. Plusieurs dizaines d'automates furent exposés en même temps à la vue de tous les passants.
L'automate devint plus grand, plus imposant et pendant plus de cinquante ans, à l'époque des fêtes de fin d'année, il a séduit infatigablement les enfants ainsi que leurs parents.
II- Les Grands magasins Parisiens
"On trouve tout à la Samaritaine"...
Les grands magasins ont longtemps constitué en France une spécificité parisienne. L'idée en revient à Aristide Boucicaut (1810-1877).
Il s'agissait pour lui de concevoir à la fois un magasin proposant toute sorte de marchandises, mais aussi d'y accueillir la clientèle déambulant librement dans une véritable petite ville dans la ville.
Boucicaut ouvre le premier grand magasin en 1852 : Le Bon Marché.
L'idée ayant fait son chemin, en 1855, Alfred Chauchard ouvre le Magasin du Louvre qui n'existe plus depuis 1974 (c'est le seul à avoir disparu), et Ruel le Bazar de l'Hôtel de Ville, magasin plus connu aujourd'hui sous le sigle "B.H.V." aux succursales multiples... bien loin de l'Hôtel de Ville de Paris.
Dix ans plus tard, en 1865, Jules Jaluzot (1834-1905) ouvre "Le Printemps". Le 21 mars 1870, Ernest Cognacq (1839-1928) et sa femme née Marie Louise Jay (1838-1925) ouvrent la Samaritaine, léguée à leur mort en partie à l'Académie Française (la fameuse Fondation Cognacq-Jay) et en partie à leur personnel. D'autres magasins sont créés : 1895 Les Galeries Lafayette par Théophile Bader et Les Trois Quartiers en 1897. (extrait du courrier de la marionnette N'30 Gérard Boitot)
C'est l'histoire de ces scènes animées
que le musée vous invite à découvrir.
III. Le Commandant Peary
En 1909, et pour la première fois, le Commandant Peary atteint le Pôle Nord. Tout fut à la mode du Grand Nord et en particulier les jouets.
Gaston Decamps, petit-fils du fondateur de la fabrique d'automates, eut l'idée de proposer aux grands magasins du Bon Marché à Paris une reconstitution de cette arrivée triomphale. Le succès de cette première vitrine fut tel que les années suivantes, la plupart des grands magasins parisiens voulurent leurs vitrines d'automates.
La tradition était née. Elle se renouvela chaque mois de Décembre pendant plus de soixante ans. Cette mode typiquement française gagna les grandes villes de province et quelques pays étrangers.
IV - La fondation de la Maison Decamps
La maison Decamps fut fondée en 1865.
A cette date, Jean Roullet, façonneur d'outils pour des fabricants de jouets à Paris, déposa son premier modèle : "un petit jardinier mécanique." De conception très moderne et peu cher, celui-ci connut un succès très rapide. Il devint l'emblème de la maison et orna son premier papier à en-tête.
Aidé de sa fille et de son gendre, Ernest Decamps, Jean Roullet augmenta le nombre de modèles de sa production et fabriqua de véritables automates. La société s'agrandit de façon importante.
V La Sculpture animée
Au début du 20e siècle, ses petits enfants Gaston et Paul continuent la fabrication. Pour Gaston, l'apparence physique des sujets devient la plus importante, "l'automate est une sculpture animée".
VI- Le Cinéma
Après-guerre, la maison Decamps se consacre à la fabrication de scènes animées, mais elle se tourne également vers le cinéma et ses nombreux trucages.
En 1972, Cosette Decamps et son mari, Georges Bellancourt, perpétuent cette passion familiale en continuant de fabriquer de nouveaux modèles d'automates.
Parallèlement à une réalisation mécanique de plus en plus sophistiquée, une recherche esthétique conduit à la création de sculptures animées en métal.
La maison Decamps a longtemps exercé son activité au 11, rue Amelot dans le 9e arrondissement de Paris.