VII Les relations Est-Ouest depuis 1945

 

Introduction : La "guerre froide", désigne la séparation du monde en deux blocs opposés qui a prévalu de 1947 à 1989. Il n'y a jamais eu "guerre chaude", c'est à dire un affrontement direct, malgré des "crises" qui ont failli y conduire; Les deux blocs ont même durablement cherché à composer après 53 (coexistence pacifique, détente). Il n'empêche que des millions d'hommes ont péri à la périphérie jusqu'à ce qu'un épilogue inattendu prive les USA d'adversaire et le laissent seul pour chercher à établir un "nouvel ordre mondial" à partir de 1991.

 

1 L'entrée dans la guerre froide

Entre 45 et 48 l' URSS s'est appliquée à "satelliser" les pays de l' est de l' Europe pour se constituer un glacis défensif et amorcer la diffusion mondiale de l'idéologie communiste. Témoin inquiets de ce que préfiguraient pourtant les accords de Yalta, les occidentaux ont réagi progressivement.

A L'Occident fait bloc

Après le constat de rupture établi par Churchill à l'occasion de son fameux discours du "rideau de fer" (Mars 46),Truman va mettre en place un an plus tard sa politique d'endiguement du communisme dans le monde : Les USA se déclarent prêts à aider militairement les pays qui se sentent menacés par une prise de pouvoir des communistes, à l'image de ce qu'ils font en Grèce où ils ont pris le relai des Anglais pour em^pêcher la prise de pouvoir de maquis communistes. ( Le dispositif sera complété cette même année par une aide économique qui vise à empêcher l'explosion sociale de pays mal rétablis par la guerre; Pour l'Europe, c'est le Plan Marshall. A partir de 1948 par des traités d'alliances militaires créent un véritable encerclement de l'URSS : Traité de l'Atlantique Nord, Traité de l'Asie du Sud Est, Pacte de Bagdad pour le Moyen-Orient… L'OTAN (50) et l'OTASE (54) (O= organisation), sont de véritables armées internationales sous commandement américain.

B L' URSS structure son camp.

L'URSS, qui se sent "assiégée" constitue son camp en véritable forteresse. Elle refuse le plan Marshall, s'engage dans la "course aux armements", structure les pays de l' est dans le cadre d'une alliance économique (CAEM) et d'une alliance militaire: Pacte de Varsovie 1955.

Le combat des deux blocs devient idéologique : les USA se déclarent champions de la liberté (Doctrine Truman) tandis que l'URSS incite les opprimés du monde entier à former avec elle le camp "anti-impérialistes"(Doctrine Jdanov, concrétisée par la création 'un organisme fédérant les partis communistes du monde entier : le Kominform).

 

2 Les grandes "crises"

Trois grandes crises vont mettre les deux adversaires à la limite de l'affrontement direct. La sagesse va cependant prévaloir.

A Berlin : Le rideau de fer devient mur

Berlin est enclavée dans le secteur soviétique d'occupation de l'Allemagne mais les alliés occidentaux occupent la partie ouest de la ville conformément aux accords de Potsdam. En juin 48 Staline veut montrer son irritation face à l'intention des allés occidentaux de diriger à leur guise l'Allemagne de l'Ouest : il coupe les voies d'accès à Berlin Ouest (Blocus de Berlin). Les USA répliquent en ravitaillant par air Berlin Ouest, c'est le fameux "pont aérien". Comme il ne peut s'en prendre aux avions US sans risquer la guerre immédiate Staline lève le blocus après 11 mois puis, prenant acte du fait que la partie Ouest de l' Allemagne a été intégrée dans le bloc Ouest sous le nom de RFA, il intègre la partie Est au bloc Est sous le nom de RDA. Un grillage est construit entre la République Fédérale Allemande et la République Démocratique Allemande, le rideau de fer est ainsi matérialisé. Comme Berlin reste une passoire par où on fuit vers l'Ouest Khrouchtchev ordonnera qu'un mur isole Berlin Ouest en Août 61.

 

B La guerre de Corée

En 48 Américains et soviétiques ont quitté leurs zones d'occupation dans ce pays en érigeant deux Etats hostiles : la Corée du Nord et la Corée du Sud. La victoire communiste en Chine encourage Staline à lancer la Corée du Nord dans la conquête du Sud (Juin 50). Les USA vont habilement profiter le l'absence d'une absence de l'URSS au conseil de sécurité de l'ONU pour provoquer une intervention internationale dont ils prennent la tête. Quasi victorieux les alliés vont cependant devoir reculer quand la Chine s'implique officieusement dans le conflit par l'envoi de "volontaires". Le conflit dure trois ans et fait 1M de morts pour aboutir à un statu quo : un "rideau de bambou" sépare les deux pays qui sont restés sur le pied de guerre jusqu'à nos jours!

 

C La crise des fusées

Au début des années 60, les USA et URSS, sont engagés dans une cours à la puissance des armements atomiques et à la diversité des vecteurs, ils sont parvenus à une quasi parité de l'armement nucléaire (A et H, air, terre, mer). Les Soviétiques n'ont cependant pas de base de missiles proche des USA. La "révolution Cubaine" va leur fourni un allié inattendu. A Cuba un mouvement de guérilla conduit par Fidel Castro a renversé en 59 un dictateur pro américain. Les USA vont être si méfiants puis hostiles vis à vis du nouveau, jusqu'à assurer la logistique d'un débarquement de cubains anti-castristes en 61, que celui-ci va se tourner vers l'URSS et prêter son territoire pour le déploiement de missiles nucléaires (1962). Avertis par un avion espion Kennedy met Cuba sous blocus et menace d'intercepter les navires soviétiques. Khrouchtchev, après avoir haussé le ton préfère ne pas se mesurer aux USA et retire ses installations. Son imprudence dans cette crise lui vaudra d'être écarté en 64 au profit d'une nouvelle équipe dans laquelle s'imposera Brejnev.

 

3 La marche vers la "coexistence pacifique"

Synonymes : Détente, dégel

A/B rencontres et accords

La mort de Staline en 53 est suivie de l'arrivée d'une équipe dirigeante qui veut engager un dialogue Est Ouest. Pour Khrouchtchev, qui s'impose peu à peu, il est possible de coiffer les USA par d'autres moyens que l'affrontement : Technologie (La conquête spatiale dans laquelle l'URSS sera en avance jusqu'en 65 en sera la démonstration), économie (conquête des terres vierges), idéologie (en la propageant dans le Tiers-Monde). K et Ike (Eisenhower) se rencontreront en 59, K et K (Kennedy) en 61, B et N en 72 (Nixon).

Des négociations viseront à maintenir la parité atomique entre les USA et l'URSS, ainsi chacun conserve la capacité de se détruire sans que l'un surclasse l'autre. C'est "l'équilibre de la terreur". En 63 le téléphone rouge est tendu entre le Kremlin et la maison blanche pour éviter les quiproquos, le traité de Moscou la même année interdit les essais en plein air, en 68 on s'accorde pour que chacun ne divulgue pas sa technologie afin d'éviter la prolifération nucléaire dans d'autres pays, enfin, en 72 Salt I est une première limitation volontaire de la capacité de destruction et d'interception.

C Les guerres périphériques

Ces stratégies ont éloigné la crainte d'un affrontement direct au Nord mais multiplié les affrontements indirects dans le Sud. Ainsi les USA, à partir de 63 se sont enlisés au Viêt-Nam dans leur volonté d'empêcher la propagation du communisme depuis le Viêt-Nam Nord dans le Sud ainsi qu'au Laos et au Cambodge. Face à des adversaires communistes déterminés 500000 soldats américains et d'incessants bombardements et autres moyens sophistiqués ont été impuissants à empêcher la bascule de toute la péninsule dans le bloc opposé en 1975, deux ans après un piteux retrait imposé par la réprobation de l'opinion publique nationale et internationale. Laquelle est restée ensuite étrangement silencieuse quand les Khmers rouges du Cambodge ont massacré le quart de la population du pays pour éliminer les tenants de l'impérialisme bourgeois et quand le nouvel ordre au Viêt-Nam a provoqué la fuite de centaines de milliers de Boat People.

En Amérique latine, Cuba a été le relais de la diffusion du communisme. Guevara dit le "Che", compagnon de Fidel Castro a allumé dans plusieurs pays des guérillas communistes. Le Che a été abattu en 67 et en 73 la C.I.A. a aidé au renversement du régime socialiste du Chili par le général Pinochet.

 

4/5 les USA vainqueurs par défaut

A La fin de la bipolarité

Dès 69, la politique d'ouverture à l'Est (Ostpolitik) du chancelier de RFA Willy Brandt contribue à la détente. Durant son ministère (1969-1974) le chancelier a reconnu la RDA et permis aux deux Allemagnes d'entrer à l'ONU rendu possible une timide ouverture du mur de Berlin pour les familles séparées et les retraités. Ainsi, en 75, lors de la conférence d'Helsinki, les frontières de l'Europe sont internationalement reconnues et les signataires (USA, Canada et tous les pays d'Europe sauf l'Albanie qui a choisi le camp Chinois) s'engagent même à respecter les droits de l'homme. Pourtant les années qui suivront verront un durcissement des deux camps : le déploiement en Europe d'une nouvelle génération de missiles à courte et moyenne portée : SS20 pour les Soviétiques et Pershing pour les Américains, la propagation du communisme dans plusieurs pays d'Afrique (voir carte) et au Nicaragua, les ambitions du Viêt-Nam sur le Cambodge et surtout l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques (79). Contrastant avec la faiblesse de son prédécesseur Carter, Ronald Reagan suscite des guérillas anticommunistes et surclasse l'URSS dans la course aux armements. Incapable de suivre, à bout de moyens économiques l'URSS de Gorbatchev doit alors adopter un profil conciliant. De 87 à 92 l'URSS se désengage de tous les terrains (Réduction des forces nucléaires, retrait d'Afghanistan en 88, ouverture du mur de Berlin en novembre 89, réunification de l'Allemagne en 90) puis elle disparaît elle-même.

 

 

B La fragilité d'un "nouvel ordre mondial"

 

Les USA se sont retrouvés vainqueurs de la guerre froide par défection de leur adversaire, ils n'ont plus aucun contrepoids à leur puissance et les successeurs de Reagan (Bush, Clinton) ont annoncé et chercher à imposer un "nouvel ordre mondial". De ce fait l'ONU a eu tendance a devenir un instrument des USA : On l'a vu à l'occasion de la guerre d'Irak (90-91). Pour répondre à l'invasion du Koweït par l'Irak, ce qui mettait en danger l'approvisionnement des USA en pétrole, les USA se sont servis de l'ONU pour s'autoriser à écraser l'Irak. Les interventions de l'ONU (Cambodge, Somalie, Rwanda…) se sont d'ailleurs multipliées depuis qu'il n'y a plus de veto soviétique, et si l'ONU s'avère impuissante l'OTAN est prête à prendre le relais (guerres en ex Yougoslavie) ou alors les USA agissent de leur propre initiative (bombardement de l'Irak en 98). Toutefois les USA ne réussissent pas forcément : en Somalie où ils prétendaient imposer une intervention humanitaire ils se sont retirés piteusement et ils n'ont pas réussi à écarter le dictateur irakien Saddam Hussein. Par ailleurs les USA n'ont pas la volonté de mettre de l'ordre partout dans le monde, ils se désintéressent des conflits qui ne mettent pas leurs intérêts en danger et c'est ainsi qu'on assiste à la multiplication sans frein de conflits à caractère ethnique ou religieux en Afrique ou dans le Caucase.