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N° 59 - 2ème trimestre 2001
LA CHUTE
Chutes de la personne âgée le rôle du médecin rééducateur en milieu gériatrique
Pr Jean-Bernard PIERA
Quil sagisse de prévention des chutes ou de prise en charge de leurs conséquences, le médecin de médecine physique et de réadaptation, et son équipe, sont toujours indispensables. Le patient âgé chuteur nécessite une évaluation multidisciplinaire et la collaboration entre gériatres et rééducateurs est de règle.
En milieu gériatrique, le médecin rééducateur se doit tout particulièrement dêtre un expert en vieillissement et den connaître toutes les conséquences : diminution de lefficience musculaire, baisse de la performance sensorielle, déséquilibre postural dorigine centrale, troubles statiques du rachis et des membres inférieurs, désadaptation à leffort, etc . Il se doit aussi de bien connaître les pathologies plus spécifiquement gériatriques, notamment dans les domaines rhumatologiques, orthopédiques, neurologiques, et plus particulièrement dans le vaste champ des affections centrales dégénératives, toutes pathologies qui altèrent la marche, léquilibre, mais aussi les comportements et finalement lautonomie.
Le rôle du médecin rééducateur dans la prévention des chutes
Il intervient au cours de toute consultation prodiguée à une personne âgée, même si cette personne ne consulte pas pour chutes. Lévaluation clinique de léquilibre et de la marche est obligatoire. Linterrogatoire recherche systématiquement déventuelles chutes que la personne âgée peut très bien ne pas penser à signaler, pour peu quelle nait pas entraîné de conséquence fâcheuse. Puis cest lexamen tout aussi systématique de la force (quadriceps, releveurs de la pointe du pied), de la souplesse des articulations (flexion dorsale des pieds, extension de hanches et de genoux) de la station debout prolongée, yeux ouverts puis yeux fermés, de léquilibre unipodal (tenir sur un pied plus de 5 secondes) Cest aussi le dépistage dune éventuelle boiterie, dun trouble statique podologique ou encore dune perturbation des fonctions supérieures. Ces consultations donnent fréquemment loccasion de découvrir des pathologies jusque-là mécon-nues, quelquefois curables ou compensables à peu de frais : orthèse de stabilisation du pied, rééducation du quadriceps pour lutter contre un flessum du genou, prescription dune aide de marche . Lévaluation par dautres spécialistes est souvent requise, ORL, ophtalmologiste, neurologue, avec toujours la préoccupation de trouver une affection curable.
Lorsque le trouble de léquilibre est bien expertisé, il est presque toujours possible de faire bénéficier la personne âgée dune rééducation adaptée, neuro-sensorielle, vestibulaire, ou de renforcement musculaire. Lon noublie jamais les exercices de relever du sol. Lon recommande des activités physiques raisonnables (marche, exercices déquilibre) et la participation à des ateliers déquilibre organisés par exemple dans le cadre dune activité communale (clubs 3e âge).
En bref, la "consultation de rééducation" est, comme celle du gériatre, loccasion dune synthèse fonctionnelle et thérapeutique en sachant que les problèmes mécaniques, pour lesquels le médecin rééducateur est un expert, sont encore parmi les plus faciles à résoudre.
Le médecin rééducateur peut aussi intervenir dans le cadre dune consultation de prévention des chutes bien structurée dont il existe de nombreuses expériences en France : Dijon, St Etienne, Nîmes, Lille, etc Lexpérience de Lille (A. THEVENON) se base sur une démarche précise : en premier, identification des facteurs de chutes réalisée par le patient lui-même, son entourage et le médecin traitant, puis consultation auprès dun médecin gériatre qui permet une évaluation générale minutieuse. Une consultation auprès du neurologue déclenche éventuel-lement des examens complémentaires, puis intervient le spécialiste de médecine physique et de réadaptation qui réalise un examen fonctionnel au domicile de la personne âgée ainsi quune évaluation de lenvironnement et du mode de vie. Les conclusions et propositions thérapeutiques sont adressées au patient et à son médecin traitant. Les mesures les plus fréquemment prises sont lallègement de lordonnance, des aménagements au domicile, la prescription daide technique de déambulation, une adaptation du chaussage, et surtout une kinésithérapie fonctionnelle (deux fois sur trois) portant principalement sur la souplesse, léquilibre et la marche. Sont également recommandées une activité physique générale et une gymnastique de groupe. Après six mois dévaluation, quatre patients sur cinq se disent améliorés et ne sont pas retombés.
En résumé, les expériences de prévention réalisées à linitiative des médecins, notamment des gériatres et des spécialistes de médecine physique, se sont révélées positives et lon sait définir pourquoi les personnes âgées tombent, répertorier les facteurs de risque et même les hiérarchiser selon leur importance. Les personnes âgées qui béné-ficient des ateliers dactivités physiques centrés sur les exercices déquilibre, observent une diminution de leurs facteurs de risque et une amélioration de leur qualité de vie.
La prise en charge de lhospitalisé âgé
Nous ne détaillerons pas le rôle fondamental du médecin rééducateur lorsquil sagit de patients âgés hospitalisés après une chute traumatisante dans un contexte de polypa-thologie. Quelle que soit la structure qui accueille la personne âgée, médecine gériatrique, rééducation polyvalente spé-cialisée, soins de suite, il est toujours impératif de déviter les complications de lalitement et notamment la survenue dune astasie-abasie symptomatique par une verticalisation précoce.
Pour les patients à risque de chute, et que lon ne doit pas immobiliser, la question se pose de leur prescrire des protecteurs de hanche, dont lefficacité pour éviter la fracture du col du fémur due à la chute sur le grand trochanter est actuellement démontrée, mais qui posent le problème de leur tolérance et de leur inconfort. Il existe plusieurs types de protecteurs de hanche, soit coques en polyéthylène fixées sur une culotte, soit coussins mousse de caoutchouc et air, incorporés dans une sorte de panty. Une étude de tolérance que nous avons menée à lhôpital Charles Foix (Dr P. RUMEAU) sur 30 patients chuteurs hospitalisés en moyen ou long séjour, dâge moyen 86 ans, a montré que ces protecteurs étaient supportés dans les deux tiers des cas (patients déments ou non déments). Il nest pas survenu de fracture du col du fémur chez les patients protégés.
En conclusion, le médecin rééducateur a de multiples moyens techniques pour prévenir les chutes des personnes âgées ou en minimiser les conséquences, dautant quil dispose dune équipe de thérapeutes habitués à ce terrain : infirmiers et kinésithérapeutes bien sûr, mais aussi ergothérapeutes (visite au domicile des personnes âgées, aména-gements, aides de marche, protecteurs de hanche), podologues (orthèses, chaussage), psychomotriciens (participation aux ateliers déquilibre, relaxation, prise en charge de la peur de tomber), diététiciens (traitement de la dénutrition), sans oublier les psychologues.
Hôpital Charles Foix
94205 Ivry
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