
Développement du sport pour les Handicapés
Physiques
Pr
Jean-Bernard PIERA
Le bon niveau
actuel, aussi bien dans les centres que pour la compétition et les loisirs, s'explique
par de multiples facteurs parmi lesquels certains sont essentiels.
L'intérêt
des médecins pour les activités sportives comme moyen de réadaptation, physique et
psychologique.
Ces médecins,
principalement des spécialistes de médecine physique et de réadaptation, ont apporté
bénévolement au monde handicapé leurs compétences en matière de déficiences et de
médecine sportive, leur énergie et leur temps. En retour, ils ont beaucoup appris des
sportifs pour ce qui est des techniques de compensation et des matériels. C'est grâce à
cette action, médicale au sens large, incluant les kinésithérapeutes, les
ergothérapeutes, les professeurs d'éducation physique, les éducateurs sportifs, les
appareilleurs, sans oublier les responsables administratifs, que tous les centres de
rééducation qui accueillent une population jeune ou moins jeune, disposent
d'installations sportives, d'un encadrement spécifique et proposent une initiation à un
éventail plus ou moins étendu d'activités sportives.
Le
besoin, pour un grand nombre de handicapés, de libérer leur énergie dans des activités
physiques valorisantes.
La pratique
sportive leur apporte le plaisir de rouler vite, de vaincre, d'aller plus loin dans
l'exploration de la nature et finalement une
meilleure image d'eux-même. Les handicapés font du sport parce qu'ils en ont envie et
non pour se maintenir en bonne forme physique. Ils étaient souvent déjà sportifs à un
bon niveau avant de devenir handicapés.
Ce sont ces
sportifs qui ont créé officiellement le mouvement handisport en France et développé le
sport compétition en obtenant le soutien constant des instances ministérielles de la
jeunesse et des sports. Rappelons que c'est en 1954 que s'est créée la première
association sportive pour handicapés physiques : l'Amicale Sportive des Mutilés de
France, à l'initiative d'un grand skieur amputé fémoral, Philippe BERTHE. Le sport
handicapé en France avait besoin d'une grande structure unitaire et c'est ainsi que s'est
constituée en 1964 la Fédération Française des Sports pour Handicapés Physiques qui
est devenue en 1977 la Fédération Française Handisport. C'est grâce à cette
fédération multisports et multihandicaps que s'est faite la promotion du des sports pour
les handicapés physiques.
Actuellement,
la Fédération Française Handisport (F.F.H.) concrétise les appétits sportifs de
compétition et de loisirs d'une large population, et est la référence incontestée du
sport pour tous les handicapés physiques.
Le
développement mondial du handisport et sa médiatisation, les jeux paralympiques
Les structures
internationales datent des années 50 et il nous faut rendre hommage à un médecin
anglais, remarquable précurseur et organisateur volontaire, Sir Ludwig GUTTMANN. C'est
lui qui fonde en 1951 « l'International Stoke Mandeville Games Federation » (sports en
fauteuil roulant) et qui parcourt le monde en répétant que les activités sportives sont
« un élément primordial de la réhabilitation physique et psychique qui donne aux
handicapés confiance en eux, travail de l'intelligence, esprit de compétition et de
camaraderie ».
D'autres
grandes fédérations internationales se créent plus tard, telles que
« l'International Sport Organisation for the Disabled » (sport pour les
amputés et tous les types de handicaps physiques) en 1960 , la « Cerebral Palsy
International sport and Recreation Association » en 1978, « l'International Blind
Sport Association " en 1981. Ces grandes fédérations régentent encore actuellement
le handisport international de compétition, notamment en éditant les règlements. Ces
grandes fédérations sont chapeautées par « L'international Paralympic Comittee
», créé en 1989, structure unique qui représente le sport pour handicapés dans le
monde. Il organise et supervise les jeux paralympiques et coordonne les calendriers
sportifs internationaux. Il est aussi inscrit dans ses statuts qu'il doit favoriser
l'intégration du sport pour handicapés au sein du mouvement sportif valide, ce qui est
en train de se faire.
Le
développement impressionnant du Handisport international s'objective parfaitement dans
l'importance qu'ont pris les jeux paralympiques. Ils se déroulent depuis 1960 tous les
quatre ans : Rome, Tokyo, Tel-Aviv, Heidelberg, Toronto, Arnheim, New York. En 1988, ils
ont lieu à Séoul, pour la première fois dans la même ville que les jeux pour valides,
un mois après eux. Les jeux de Séoul devaient marquer un tournant du fait de leur
importance : 3 200 participants, 68 nations, 100 000 spectateurs.
En 1992, c'est
le très grand succès de Barcelone avec 5 000 participants, 85 nations, et, en 1996,
celui d'Atlanta avec 104 nations. Tous les athlètes du monde se préparent aujourd'hui
pour Sydney
Les jeux paralympiques d'hiver connaissent aussi un très grand succès
depuis Tignes en 1992, Lillehamer en 1994, Nagano en 1998.
Le
développement du sport réadaptation en France
Ses débuts
furent modestes. Dans les années 1970, citons l'action de quelques précurseurs : à
Garches, notre maître, le Professeur André GROSSIORD et le Docteur Jean BENASSY ; à
Fontainebleau, le Docteur Marc MAURY aidé par deux kinésithérapeutes, Michel BOUBEE et
Alain BOSSION qui devait devenir directeur national des sports ; à Kerpape, le Docteur
BRIENS puis le Docteur BUSNEL. Des associations se créent dans la plupart des centres de
rééducation sous l'impulsion ou avec l'aide active de médecins que l'on retrouve par
ailleurs dans le comité médical de la Fédération. Ils contribuent à l'élaboration et
à l'application des règlements médico-sportifs, notamment des classifications pour la
compétition, à l'encadrement médical des rencontres nationales et internationales et à
l'information médico-sportive par le moyen de nombreuses réunions dont un colloque
médical national annuel. Dans les années 80, les centres de rééducation, qui n'en
disposaient pas encore, se dotent d'installations sportives : gymnase, parcours de «
rouling », pas de tir, salle de tennis de table, piscine. L'initiation au geste sportif
et la pratique des sports de base, natation par exemple, font partie de la réadaptation.
Les centres les plus actifs et les mieux organisés recrutent des éducateurs sportifs
(Brevet d'Etat d'Educateur sportif pour handicapés physiques - formation assurée par la
F.F.H.) souvent eux-mêmes handicapés physiques. Les lycées pour handicapés physiques
disposent de quelques rares professeurs d'éducation physique et sportive remarquablement
actifs. Citons à Garches Madame PASQUALINI. Les années 90 sont celles d'un
développement régulier, avec une organisation
bien structurée des pratiques, prenant le relais des bonnes volontés et d'un bénévolat
qui s'essoufflent. Cependant, les moyens manquent pour renouveler et moderniser les
installations sportives, les handicaps sont plus lourds, les contraintes sécuritaires
augmentent, et l'accompagnement de grands handicapés à des compétitions régionales ou
nationales, pourtant très souhaitées par les jeunes sportifs, pose des problèmes
d'encadrement bien difficiles. Citons par exemple la lourdeur de la logistique nécessaire
pour encadrer les quarante myopathes adeptes du Foot fauteuil électrique qui participent
aux « jeux de l'avenir », organisés pour les jeunes par la F.F.H. Pourtant, malgré ces
difficultés, les derniers « jeux de l'avenir », qui ont eu lieu en 1999 au Plessis
Robinson, ont été une démonstration exemplaire de la façon dont les plus jeunes
compensent leurs déficiences et prennent plaisir à la pratique sportive. La prochaine
édition de ces jeux aura lieu en 2001.
Concluons sur
le sport réadaptation en constatant que nul ne conteste plus l'intérêt de la pratique
sportive pour tous les types de handicapés physiques y compris les plus sévères et ceux
qui sont évolutifs. Les limites sont connues, les adaptations techniques se
perfectionnent, le matériel permet d'être performant et de prendre plaisir, en loisirs
comme en compétition. Le bénéfice fonctionnel est évident et prouvé. Ainsi, une
étude comparant le niveau d'indépendance fonctionnelle de deux groupes de
paraplégiques, l'un sportif, l'autre non sportif, a montré une plus value fonctionnelle
des sportifs (J.M. BARBIN- Montpellier - 1999).
Au sortir du
centre, le relais doit être pris par les associations sportives pour handicapés
physiques, qui, pour un grand nombre d'entre elles, sont en rapport étroit avec le
centre, où elles font des démonstrations sportives et participent aux activités
loisirs.
S'il n'a pas
été initié à la pratique sportive dans un centre, un handicapé peut trouver toutes
les informations utiles dans tous les journaux spécialisés : Le Point Carré, Déclic,
Handisport Magazine, etc.. et bien sûr auprès de la Fédération Française Handisport et de ses 21 comités régionaux.
Les grandes
associations pour handicapés se sont aussi engagées à favoriser les activités
physiques et les loisirs sportifs et c'est ainsi que l'Association de Paralysés de France
et la Fédération Française Handisport ont signé en 1999 une convention dans ce sens.
Le
développement de la Fédération Française Handisport
Quelques dates
suffisent
1964 :
Création de la Fédération Sportive des Handicapés
physiques de France qui devient en 1968 la Fédération Française des
Sports pour handicapés physiques.
1972 : Elle
devient fédération dirigeante, au même titre que les autres grandes fédérations
sportives et, en 1973, membre du Comité National Olympique et Sportif Français. Son
président de l'époque est Marcel AVRONSART.
1977 : Elle se
transforme en Fédération Française Handisport. Elle comporte 200 associations
regroupées en comités régionaux et 6000 licenciés. Elle organise déjà plus de 20
sports.
2000 : La
Fédération Française Handisport est aujourd'hui une entreprise qui organise les
activités de 35 disciplines, accueille 15 000 licenciés dans
400 associations réparties sur le territoire national. Son président actuel, André
AUBERGER, grand sportif en fauteuil roulant, la dirige depuis plus de 20 ans avec un
infatigable dynamisme et une grande rigueur.
L'évolution
des associations.
Leur nombre, en
lente progression, est encore insuffisant et leur répartition assez irrégulière. Leur
taille actuelle, plus importante que par le passé leur assure une meilleure continuité
dans les actions entreprises. La plupart sont multisports ce qui les rend plus
attractives. Certaines n'offrent la pratique que d'un seul sport, parce que ce sport est
spécifique d'une région ou parce qu'il faut regrouper les moyens sur une seule discipline par souci d'efficacité. En
conséquence, un sportif peut très bien ne pas trouver près de chez lui une association
qui lui propose le sport qu'il a choisi. Plus significative est l'évolution vers
l'intégration avec la création d'un nombre de plus en plus important de sections
handicapés dans un club valide. Ceci est
vrai pour tous les sports : les sportifs handicapés font partie de l'association
sportive d'athlétisme, d'escrime, de tennis de table, de tir à l'arc ou aux armes, de
judo
de telle ou telle ville ou
région, dont ils soutiennent les couleurs. Ils s'entraînent comme les valides et avec
eux et participent aux compétitions du Handisport. Ces associations intégrées au sport
valide représentent plus du tiers des associations handisport et leur nombre ne cesse
d'augmenter.
Une
Fédération multi-handicaps et multisports
La Fédération
a su garder une polyvalence qui lui permet
d'accueillir tous les types de handicap. Ceci autorise des confrontations enrichissantes
et des performances valables. Les grandes compétitions réunissent les sportifs en
fauteuil roulant, les amputés, les sportifs debout, les non-voyants et mal-voyants, et
tous ceux que l'on appelle « les autres » malformations, nanisme, raideurs articulaires
Il en résulte un « bouillon de culture médico-technico-sportif » d'où émergent de
nouveaux sports, des nouveaux matériels rendant possibles des pratiques que l'on croyait
irréalisables et même de nouvelles conceptions de loisirs,
Cette
polyvalence permet de mieux intégrer des handicaps particuliers par leur complexité
(IMC) ou par leur sévérité, tétraplégiques, myopathes, etc. Des difficultés
demeurent, notamment l'énorme effort d'encadrement à fournir pour qu'ils conservent
l'accès au sport de compétition. Heureusement, l'aide apportée par les valides est
efficace. C'est aussi une grande réussite de la Fédération d'être restée
l'organisatrice, l'animatrice et la garante de plus de 30 disciplines sportives de
compétition et de loisirs. Chaque discipline sportive fonctionne avec une grande
autonomie, avec ses propres commissions, ses médecins, mais en harmonie avec les autres.
Pour le sportif handicapé, c'est une richesse de se voir proposer une large palette
d'activités où il pourra évoluer selon ses goûts. Par contre, pour chaque discipline,
la spécialisation au plus haut niveau est de rigueur, que ce soit dans les techniques ou
la compétition. Au très haut niveau, l'on peut observer que les pratiques (matériel,
exigences de l'entraînement) se rapprochent de celles des sportifs valides, d'où la
possibilité dans l'avenir de compétitions pour
valides et handicapés en unité de lieu et de temps. Déjà, le haut niveau handicapé
s'entraîne avec les valides et bénéficie des mêmes entraîneurs.
Fédération
ouverte aux sports de loisirs et de nature.
Certes, le
sport de compétition demeure la raison
d'être de la Fédération, ce qui répond aux aspirations d'une grande majorité de ses
sportifs, mais elle a toujours eu aussi la préoccupation de la pratique sportive de
loisir. Souvent, elle permet cette pratique par la création de structures apportant une
logistique sur le terrain et la garantie d'un encadrement compétent. Elle apporte son
expérience et un label de qualité. A l'inverse, la Fédération ne peut pas « tout
faire » dans tous les sports. Elle n'en a pas les moyens et ne doit pas se disperser,
mais c'est elle qui impulse et concrétise les actions locales ou régionales.
En
résumé
La
Fédération, artisanale dans les années 70, où un grand enthousiasme compensait
imparfaitement le manque de moyens, financiers en installations et en encadrement, est
devenue, dès les années 1980, une entreprise gérée professionnellement, propriétaire
de son siège social et d'une résidence capable d'accueillir 300 handicapés et reconnue
par les autres fédérations.
Si dans les
années 70, l'on pouvait regarder avec bienveillance cette fédération « de sportifs
courageux qui montraient l'exemple en surmontant leur handicap », l'on doit bien
reconnaître que les exploits des années 90 sont devenus remarquables dans l'absolu et
que certains sportifs handicapés sont d'authentiques champions.
Bibliographie
Sport et
handicap moteur. Rencontres en rééducation n° 14 - 1 volume, Masson éditeur, 1999
Médecine
Fédérale
Fédération Française Handisport,
42, rue Louis Lumière
75020 Paris
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