SPORTS NOUVEAUX, SPORTS DE LOISIRS
Dr Dominique PAILLER
Le monde handicapé a vis-à-vis du sport
les mêmes comportements que le monde valide. Les sports classiques, avec leurs
contraintes dentraînement, séduisent moins. Les goûts se portent vers des sports
qui se pratiquent dans la nature. On veut, après une initiation qui est plus facile en
milieu spécifique, pouvoir pratiquer de façon intégrée en milieu valide.
La médiatisation de certains sports attire à eux les pratiquants.
Certains recherchent lexploit ou le
dépassement deux-mêmes et de leur handicap. Dautres pratiquaient un sport et
veulent faire partager leur passion. Dautres singénient à trouver une
activité accessible aux plus handicapés.
Tout cela concoure à une demande daccès
à des sports nouveaux ou différemment pratiqués.
SPORTS INDIVIDUELS
La voile était
pratiquée en croisière avec des aménagements personnalisés de manuvres, de vêtement,
de siège et de coussin, ou même des cartes météorologiques en braille pour des
aveugles.
Pour la première fois aux Jeux de Sydney,
des régates seront organisées sur un quillard monotype. Lutilisateur est seul,
assis avec toutes les commandes à la main. Ce bateau est également utilisé par des
valides lors de régates généralement mixtes, regroupant au niveau international un
tiers dhandicapés physiques et deux tiers de valides. Les sièges nont pas de
particularité. Les risques tiennent aux frottements et au milieu aquatique :
refroidissement, macération, désydratation.
Le char à voile ne peut
se pratiquer quen des lieux précis. Cette activité correspond bien à la demande
de contact avec la nature. Elle nécessite davoir lusage des 2 membres
supérieurs. Linitiation est rapide, parfois sur des engins biplaces, avant une
pratique en solo. Les sièges sont souvent standard, parfois remplacé par des sièges
moulés. Un coussin anti-escarre, un casque et une combinaison étanche ainsi quune
ceinture de sécurité sont recommandés. Toutes les commandes sont à main. Une
difficulté vient du déplacement dans le sable pour aller au fauteuil jusquau char.
Une autre vient des caprices météorologiques qui ne coïncident pas forcément avec les
créneaux temporels (personnel, transport) prévus par un établissement. Il faut
acquérir des connaissances techniques mais aussi la capacité dappréhender lenvironnement
(vent, marée
). Les risques sont peu importants.
Lescalade peut se
pratiquer de deux façons, complémentaires.
En milieu naturel, sur falaise ou en haute
montagne, elle est pratiquée par quelques uns, généralement déjà adeptes avant la
survenue du handicap. Ils sont amputés de membre inférier, monoplégiques ou même
hémiplégiques. A la technicité habituelle de la discipline vient sajouter la
difficulté de lappareillage qui doit être fiable tout en étant léger et pour
ceux qui font de la très haute montagne, il doit pouvoir résister au grand froid.
Sur mur descalade, le champ dapplication
est beaucoup plus vaste. Beaucoup de centres de rééducation peuvent installer un mur
dans leur gymnase. Il existe même des murs inclinables autorisant la pratique en
quadrupédie pour des IMC qui se déplacent difficilement debout, prolongement de la
rééducation. Les matériels actuels (baudriers, cordages, fixations
) sont dune
grande fiabilité et éliminent tout danger. Lassurance du grimpeur par un camarade,
outre quelle peut être faite par un handicapé lourd, crée une solidarité. Cette
discipline favorise la coordination, lorganisation du mouvement, léveil
psychomoteur et la maîtrise émotionnelle.
Le golf est pratiqué en
France par des personnes handicapées en milieu normal et le « handicap » a une
autre signification. La volonté de certains de participer à des compétitions
spécifiques, organisées au plan international, a amené la création de lassociation
Handigolf qui regroupe des paraplégiques, des amputés et des déficients visuels. Ce
sport est très développé dans les pays anglo-saxons et nordiques. Une association de
golfeurs amputés regroupe aux USA près de 5 000 personnes. Il existe
également un championnat du monde pour ceux qui ne jouent quavec un bras auquel se
retrouvent chaque année plus dune centaine dhémiplégiques, amputés,
paralysés de plexus
Les paraplégiques jouent soit assis avec
des clubs adaptés (plus courts, à langle tête du club-canne plus ouvert) ou en
tenant le club dune seule main, soit debout et « strappés » à la voiturette
électrique quils utilisent pour avancer sur le parcours.
Léquitation était
utilisée par certains thérapeutes chez des enfants handicapés, essentiellement pour le
contact avec lanimal. Depuis quelques années, le dressage se pratique en
compétition. La plupart des cavaliers ont un handicap qui leur permet davoir une
station assise identique à celle des valides. Leurs difficultés viennent du contrôle de
lanimal, comme cest le cas des amputés de membre inférieur.
Quelques paraplégiques montent avec le
plus souvent, des selles particulières mais non spécifiques dites « Espagnoles ». Il sagit
de personnes déjà pratiquantes avant la survenue de la lésion médullaire.
Généralement, ils nont pas de coussins particuliers pendant leur pratique, mais
sans complications. Ce sport est également ouvert aux déficients visuels et aux infirmes
moteurs cérébraux.
Le karting, comme chez
les valides, est appelé à se développer très rapidement car il a tous les attraits dun
sport mécanique, lapprentissage se fait en quelques minutes et pour les aolescents,
limage apportée est valorisante et séduisante. Le pilote, qui est installé très
bas, a une sensation de vitesse importante, pour des risques minimes.
Le handicap de membre inférieur est
gommé par rapport à un valide mais celui de membre supérieur est nettement plus gênant
pour piloter.
Bien que beaucoup moins cher à pratiquer
que le sport automobile, il reste coûteux en compétition (matériel, équipement de
protection, aménagement). Une pratique occasionnelle de loisirs coûte 200 à 400 F pour
une séance dune vingtaine de minutes.
Plus de la moitié des pratiquants sont
paraplégiques.
En compétition :
les courses ont lieu sur des pistes officielles de la Fédération de Karting et dans lapplication de tous ses règlements, en particulier de sécurité,
le règlement technique détermine les possibilités mécaniques, oblige à une équipement de protection calqué sur celui des valides, mais laisse libre ladaptation des commandes,
les contraintes de la force centrifuge dans les virages imposent des sièges plus enveloppants que la normale pour ceux qui nont pas déquilibre du tronc et le port dune minerve pour tous afin de protéger le rachis cervical,
un coussin nest pas nécessaire compte-tenu du peu de temps passé dans le baquet,
les risques de brûlure sont inexistants.
Chez les valides, limmense majorité
des pratiquants le sont à titre occasionnel. Un partenariat entre Handisport et OKEY,
appareilleur automobile, devrait permettre léquipement de la plupart des 300 pistes
de France, afin doffrir à un éventuel client handicapé, la possibilité de
piloter.
Des karts à joysticks ont permis à des
myopathes et des tétraplégiques de conduire.
La sarbacane est une
pratique inspirée des indiens dAmazonie que lon peut proposer aux enfants et
adolescents, même lourdement handicapés (myopates, IMC, tétraplégiques) et dont le
coût est très modeste. Même ceux qui sont exclus des tirs à larc et aux armes,
par absence dusage des mains, peuvent la pratiquer. On se procure sarbacanes et
fléchettes chez les armuriers.
Plus la sarbacane est longue et plus elle
donne de précision au tir mais plus elle demande dénergie pour expulser la
fléchette. Cependant, même avec une très faible capacité respiratoire, on peut tirer
à environ 2 m avec un engin court. Le tireur doit coordonner le maintien de la bouche sur
lembouchure de la sarbacane et réaliser un souffler bref, sans fuite, ce qui est
difficile pour les athétosiques. Il doit acquérir une bonne tenue de lengin par
des appuis stables (au moins 2) sur une potence ou les mains. Il doit apprendre à
orienter lengin, en tenant compte des données balistiques.
Cette activité est sans risque, si lon
prend les précautions élémentaires communes à tout engin de tir, auxquelles on peut
ajouter lutilisation de systèmes anti-retour en cas de troubles de coordination et
le comptage des fléchettes utilisées et de celles rendues, comme une panseuse le fait de
ses pinces.
Les débutants pratiquent le tir de
distance : il sagit de tirer le plus loin possible. Par la suite, le pratiquant
réalisera du tir de précision, sur cibles dont le diamètre est de 17 cm.
La distance de tir retenue au grand prix
des jeunes Handisport est de 2,5 m. entre le centre de la cible et lextrémité de
la sarbacane.
La sarbacane fait partie des épreuve dEPS
inscrites aux examens nationaux pour les personnes handicapés physiques (circulaire 94,
137, BO n° 14 du 14/04/1994, examens du second degré BAC, BEP).
Le hand-bike est
utilisable par tous les handicapés de membre inférieur. Cest un tricycle dont le
siège et donc le centre de gravité sont situés bas, lui donnant une bonne stabilité.
La roue avant directrice est propulsée par un pédalier à mains par lintermédiaire
dune chaîne, avec des paliers. Cet engin, intermédiaire entre le fauteuil et le
vélo, peut sutiliser pour des promenades mais on commence à organiser des
compétitions.
De nombreux spécialistes pensent quil
va supplanter le fauteuil de course rapidement. Il autorise des vitesses élevées. Ce
caractère associé au coup de fabrication moindre que celui dun fauteuil de course
vont favoriser son développement. Dautant plus que la technique de propulsion sacquière
très vite alors que celle des fauteuils actuels demande des mois dentraînement.
De nombreux valides, pour lesquels il a
été créé initialement, lutilisent aux USA pour du travail spécifique de membre
supérieurs.
Sur le plan physiologique, on sait depuis
longtemps que le pédalage à main à un coup énergétique bien moindre que celui de la
propulsion dun fauteuil par les mains courantes. Ce pédalage se fait de façon
symétrique contrairement au vélo. Dans les virages, avec certains modèles, le corps et
le siège sinclinent comme sur un deux-roues.
On pourrait encore citer le FTT ou
fauteuil tout terrain qui rend accessible la randonnée sportive en montagne ou
encore la luge nordique qui est un « ski de fond » assis.
SPORTS COLLECTIFS
Le football, très
médiatisé, fait rêver les jeunes handicapés. Il est lancêtre commun de 3 sports
déquipe qui sadressent à des publics au handicap différent.
Le foot-salle a, depuis
1993, remplacé chez nous le foot à 7 qui était peu pratiqué, car exclusivement
réservé aux IMC. Il est dune mise en uvre facile, tant par le matériel et
le règlement que par les infrastructures nécessaires et il est aisé de constituer une
équipe : il suffit de réunir 5 handicapés debout, quel que soit leur handicap.
Ce sport est dérivé du « fut-sal »
brésilien, très pratiqué par les valides dans les pays ibériques. Les joueurs
évoluent à 5 sur un terrain de Handball, avec un ballon qui ne permet que des rebonds
amortis (< 30 cm au 1er rebond et <10 cm au 2ème). Un match se déroule en 2
mi-temps de 7. Chaque équipe peut avoir 2 remplaçants qui peuvent rentrer à tout
moment en jeu, après accord de larbitre. Le règlement, pour préserver les
joueurs, vise à limiter les contacts physiques. Mais, les règles essentielles se
rapprochent de celles du foot, ce qui en fait lattrait auprès des pratiquants. Les
différences principales concernent :
- les remises en jeu du gardien qui peuvent se faire à la main dans sa moitié de terrain,
- les touches qui se font au pied,
- et il ny a pas de hors jeu.
De
nombreux jeunes dans les centres nont pas un handicap minimum suivant les
règlements internationaux et ne peuvent donc pas pratiquer en Handisport. Pour intégrer ces « subnormaux », le
département-jeunes de la FFH a établi des classifications fonctionnelles simples,
communes à tous les sports.
Deux tranches dâge séparent les
plus jeunes et les moins de 16 ans, mais le surclassement
peut être parfois autorisé.
Le ceci-foot sadresse
aux déficients visuels. Un championnat de France senior se déroule en deux phases
aller-retour, avec attribution du titre de champion de France maximum de points sur lensemble
de ces deux phases. Une coupe de France se déroule en matchs par élimination directe
jusquà la finale.
Des championnats dEurope et des
championnats du Monde se déroulent en alternance tous les ans.
Les pratiquants sont répartis en
adolescents et adultes, redivisés en handicapés congénitaux et acquis.
Le terrain mesure 50 m. par 30 m. et les
différentes adaptations nécessaires sont :
des clochettes autour du terrain sur une ficelle élastique pour que les joueurs puissent repérer de façon auditive les limites de laire de jeu,
des bips sonores, derrière les buts, permettant aux joueurs de les localiser,
un espace réduit de déplacement pour le gardien de but qui est le seul voyant de léquipe,
un ballon à grelots, permettant aux aveugles de le localiser, ou un ballon fluorescent pour les mal-voyants,
une règle dite « de signalement », pour éviter les chocs : tout adversaire du porteur du ballon doit obligatoirement se signaler.
Comme au football classique, une grande
part du jeu se fait sans ballon, le rôle du joueur étant de « bouger » sur le terrain,
pour se démarquer, venir en soutien, créer des ouvertures
Cela favorise donc lacquisition
de lespace par les handicapés visuels.
Le football en fauteuil roulant
électrique se pratique avec le
fauteuil de vie quotidienne du sujet auquel est adjoint un pare-chocs qui sert à
contrôler le ballon. Celui-ci est un ballon de basket ball. Les deux équipes de quatre
joueurs évoluent sur un terrain de basket. Les buts sont constitués par la ligne de fond
de chaque camp. Un match se déroule en deux mi-temps de 15 minutes. Un championnat de
France met en jeu 70 équipes. Il ny a pas de réglementation concernant le
fauteuil.
Médecine Fédérale
Fédération Française Handisport,
42, rue Louis Lumière
75020 Paris
Bibliographie
1 AUBERT Pratique du char à
voile auprès de blessés médullaires. Colloque Handica, mars 98.
2 J.P. CLAUDE La pratique de
la sarbacane
3 C. CRISTOL La pratique de lescalade
auprès dun public handicapé moteur. Colloque Handica, mars 98.
4 D. PAILLER Golf, a chacun
son handicap in Médecine et traumatologie du golf, D. POUX, Masson, Paris, 1993, 109-115.
5 D. PAILLER Karting, sport
accessible pour handicapés. Conduite automobile et handicap, Rencontres en Rééducation
n°15, Masson, Paris, 2000, 177-181.
6 B. PEYRONNY Le foot en salle
7 D. ROCHE Le ceci-foot XXVII
ème Journée médicale de la FFH, novembre 99.
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