L’ÉVOLUTION DU FAUTEUIL ROULANT

 

Dr Jean Claude Druvert

 

 

Les premières traces historiques de ce qui peut ressembler à un fauteuil roulant datent de 1420 mais plus sûrement de 1595 avec la chaise de goutteux du Roi d'Espagne Philippe II dotée d'un système de crémaillère pour le dossier. En 1650 Stéphane Failer réalise un siège à trois roues avec manivelle à axe horizontal qui en permet l'auto-propulsion. Il faudra attendre 1770 pour qu'un concepteur italien fabrique un fauteuil avec deux grandes roues à l'avant et sur lesquelles l'utilisateur prend manuellement appui. Au début de notre siècle les fauteuils restent avant tout un siège relativement immobile et lourd totalement inadapté à une quelconque pratique sportive. Il faudra attendre 1933 pour voir des avancées technologiques considérables.

1. Les grands concepteurs du fauteuil de basket ball (1,3,4)

1.1 H.Everest

Herbert Everest paralysé à la suite d'un accident et son proche voisin Harry Jennings créent en 1933 un fauteuil pliant avec chassis en acier tubulaire pesant 23 kg. L'Everest and Jennings Standart Universal Whellchair est née. Ce fauteuil léger, facile à transporter, va permettre de débuter de manière intéressante le basket ball. En 1949 la National Wheelchair Basket ball Association est fondée aux USA. C'est la même année que les pneumatiques font leur apparition sur les fauteuils de la marque Everest. Dans le milieu des années 1950, une équipe américaine de basket fauteuil, les « Pan Am jets » font une tournée en Grande Bretagne. Il est vrai que dans ce pays le Dr Ludwig Guttman à Stoke Mandeville Hospital, a introduit depuis les années 40 le sport au programme de la réadaptation des blessés médullaires. Le fauteuil Everest néanmoins a quelques inconvénients tels que les grandes roues placées trop à l'arrière et le mécanisme de pliage du fauteuil qui peut s'enclencher de manière inappropriée.

1.2. Loral Rumple

A la fin des années 60 un joueur de basket fauteuil de l'équipe d'Indianapolis Loral Rumple et Joseph Jones expérimente le premier cadre rigide en aluminium qui permet d'obtenir un poids de 16 kg seulement. D'autres innovations sont à noter : absence d'accoudoirs et carrossage négatif des roues arrières. L'axe de celles ci se trouve également en avant de la position traditionnelle augmentant la maniabilité du fauteuil.Pourtant ce modèle véritablement révolutionnaire ne va pas rencontrer le succès escompté du fait des problèmes de transport inhérents au cadre rigide. Le fauteuil pliant reste populaire d'autant que Stainless Medical Products (Californie) commercialise une version légère entre 14 et 16 kg.

1.3 Jeff Minnebraker

Basketteur et coureur en fauteuil il va dès 1972 apporter un nouvel élan au développement du fauteuil de sport et modifier le fauteuil Rumple. Il s'agit toujours d'un cadre rigide avec dossier réglable, repose-pieds,multiples réglages possibles dans le plan vertical et horizontal de l'axe des roues arrières et surtout apparition du démontage rapide des roues par simple encliquetage qui permet un transport aisé. C'est la naissance de la Quadra Wheelchair Inc. Plusieurs sportifs de renom vont s'engouffrer dans la voie ouverte par Minnebraker et donner naissance à leurs propres fabriques comme Kuschall en Suisse et Sopur en Allemagne.

1.4 Développement du fauteuil de basket en France

Le modèle américain Everest est importé en France à partir de 1950 par la maison Jouck. En 1968 de retour des Jeux Paralympiques de Tel Aviv Mr Robert Perri, entraîneur de l'équipe de France, dessine le schéma du premier fauteuil spécifique au basket. Le prototype est réalisé par les établissements Lits Dupont et utilisé par la France lors des Championnats d'Europe à Bruges. En 1975 les établissements Poirier réalisent un fauteuil à assiette réglable. En 1983 enfin la première cellule d'étude du sport de haut niveau de chez Poirier permet aux basketteurs Français d'avoir des fauteuils sur mesure pour les championnats du monde d'Halifax au Canada.

1.5 Le fauteuil de basket actuel 

Il n'a subi que de discrètes modifications depuis les années 1980 en dehors de l'autorisation d'une roulette anti bascule à l'arrière (située au maximum à 2 cm du sol) et de l'apparition du fauteuil 3 roues (une seule petite roue à l'avant) utiliser par environ 20% des joueurs actuels. La réglementation internationale impose des hauteurs de chassis (53 cm), repose pieds ou pare choc (11cm) et du coussin (5 cm à 10 cm suivant le niveau de handicap). Les grandes roues d'un diamètre maximum autorisé de 670 mm sont munies de flasques pour éviter les blessures des doigts. Les pneus noirs sont interdits. Les avancées technologiques se font maintenant comme pour l'industrie du cycle par l'apparition de matériaux plus légers et résistants (photo n°1)

2. Evolution du fauteuil de course d'athlétisme (photo n°2)

Les premières courses en fauteuil roulant se déroulaient sur des distances très courtes et en ligne droite dans les années 1948. Les fauteuils utilisés n'avaient aucune spécificité pour ce type d'exercice, ils étaient lourds et demandaient une énergie physique importante excluant les handicaps les plus sévères. Ainsi en 1975 Bob Hall (USA) gagne le marathon de Boston en 2 H 53 mn avec un fauteuil de 25 kg à mains courantes chromées. Minnebraker, basketteur mais aussi coureur va introduire une main courante de diamètre 16 pouces qui remplace la classique 22 pouces permettant ainsi aux athlètes un gain de 35% de distance parcourue par poussée. L'adoption d'une position plus basse, de gants pour éviter les brûlures des mains, de boyaux légers permettent dés 1980 aux coureurs en fauteuil d'égaler les meilleures performances mondiales des marathoniens à pied (2 H 08 mn pour le canadien Rick Hanssen ). En 1983 le record descend à 1H47 mn grâce à Jim Knaub : la poussée sur la main courante se fait avec des gants renforcés enduits de colle antidérapante par un geste de « boxer », le poids du fauteuil est de 10 kg , la position du coureur est marquée par la flexion des cuisses sur le tronc permettant un véritable carénage aérodynamique. Le train avant est équipé de deux petites roues reliées par une barre de parallélisme. En 1984 ce train avant va être modifié avec deux grandes roues de diamètre 500 mm. C'est en 1989 avec l'évolution du règlement qui autorise le 3 roues que le fauteuil de course va subir une véritable révolution : le cadre est prolongé par une poutre centrale reliée à une roue avant de 400 mm. L'allongement du fauteuil permet une meilleure stabilité surtout à grande vitesse dans les descentes. La fourche avant est par ailleurs équipée d'un frein.

La position du coureur se fait vers une plus grande horizontalisation du tronc et une fermeture de l'angle tronc-cuisse permet-tant de gommer une partie du handicap pour les athlètes ayant peu ou pas d'abdominaux. Jim Knaub sur un fauteuil de 8 kg est chronométré en 1H26 au marathon en 1992. Les matériaux ont évolué vers le titane et les roues arrières en carbone sont lenticulaires ou à bâtons. L'inclinaison du tronc est encore plus marquée vers l'avant et les premiers gants manufacturés font leurs apparitions. La petite roue à l'avant est équipé d'un système de direction libre pour la route et d'un compensateur de courbe pour les fauteuils spécifiques à la piste. En 1995,        la petite fourche à l'avant devient horizontale, le cadre devient plongeant et profilé. L'athlète voit sa position de plus en plus tourné vers l'aérodynamisme avec des jambes très fléchies et dont la tendance actuelle est de les voir passer sous le tronc.

Pour les jeux paralympiques de Sydney notre meilleur champion français s'entraîne actuellement sur un fauteuil dont la longueur dépasse les 2.50 mètres !

3. Evolution du fauteuil tennis (photo n°3)

La pratique du tennis en fauteuil est une discipline jeune puisqu'elle prend naissance aux USA à partir de 1976, la première structure officielle n'étant officialisée dans ce pays qu'en 1979. En France et en Europe il faudra attendre 1982 pour voir l'apparition des premiers joueurs. La grande mobilité nécessaire pour la pratique de ce sport ainsi que l'absence de réglementation va rapidement faire évoluer le matériel. Il s'agit d'un cadre rigide équipé de 4 roues jusqu'en 1993 date d'apparition des premiers 3 roues ; cette petite roue de type roller permet une grande maniabilité lors du pivot. La main courante est d'un diamètre légèrement supérieur à la jante pour permettre un démarrage efficace. La hauteur du dossier est fonction du niveau neurologique du handicap et peut être vertical ou incliné légèrement vers l'avant. Le dossier peut servir pour maintenir le sanglage du tronc du sportif Les grandes roues motrices sont dotées d'un carrossage négatif pouvant atteindre 20°, permettant d'augmenter la stabilité et la mobilité du fauteuil. Celui ci peut être équipé de cales genoux évitant lors des pivots rapides que la force centrifuge n'éjecte les membres inférieurs vers l'extérieur. Les reposes pieds sont situés le plus prés possible du centre de gravité du fauteuil pour rendre l'ensemble joueur-fauteuil le plus mobile possible. L'assise sera fonction des possibilités du joueur  : elle sera plus basse que les genoux pour ceux ayant un mauvais équilibre. Une ou deux petites roues anti bascules peuvent être installées à l'arrière pour éviter les risques de chute en arrière lors de gestes tels que le smash ou le service.

4. Conclusion

L'évolution du fauteuil de sport a été mené avant tout par les sportifs eux mêmes pour le plus grand bénéfice de tous surtout des plus lourdement handicapés tels que les tétraplégiques qui n'avaient obtenu jusque là,la mobilité que grâce au fauteuil électrique.

 

Médecin du haut niveau

Fédération Française Handisport,

42, rue Louis Lumière

75020 Paris

 

Bibliographie

1 • Craven P., The development of the self-propelled wheelchair since world war II, Publication in International Wheelchair basketball Federation, October 1991.

2 • Enjalbert M, Sport et handicap moteur,Masson, 1999, p33-37.

3 • Pailler D, Courbariaux B, Fusade P, Minier J, Sport en position assise,materiel et adaptation, Réeducation Réadaptation, Reinsertion, n°50, Fevrier 99, p 24-26.

4 • Strohkendl H, The 50th anniversary of wheelchair basket ball, Waxman publishing co, 1996, p11-25.

 


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